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Interview : Louis Chatriot, Cofondateur, Alma

Lancé sur le marché début 2019, avec une levée de fonds récente de 49 millions d’euros, Alma bénéficie d’ores et déjà de plusieurs milliers de marchands clients et de plusieurs dizaines de millions d’encours de crédit. Malgré la crise, en moins de 2 ans, la société est devenue un acteur de premier plan sur le paiement fractionné en 3 fois en France. Quelle est l’appétence des consommateurs pour cette facilité de paiement ? Quel est l’impact du Covid sur ce marché, et quelles perspectives à plus long terme ? Entretien avec Louis Chatriot, cofondateur d’Alma.

Quels sont les atouts de votre solution ?

Nous offrons aux commerçants la possibilité de proposer à leurs clients, de manière simple et rapide, un paiement en plusieurs fois garanti. Notre solution permet ainsi de répondre aux attentes tant du consommateur que du commerçant : nous aidons les premiers à augmenter leur pouvoir d’achat, avec une expérience de paiement optimisée et fluide, et nous permettons aux commerçants d’augmenter leur chiffre d’affaires de 20 % en moyenne, et d’accroître considérablement leur panier moyen (+ 60 %) tout en supprimant le risque d’impayé.

La solution d’Alma se démarque également par un taux d’acceptation élevé (supérieur à 95 %). L’enjeu, pour le retailer, est d’avoir le taux d’acceptation le plus haut possible. Nous permettons dans le même temps aux consommateurs, y compris ceux ayant des profils un peu plus risqués, de pouvoir bénéficier de cette solution de paiement. Pour ce faire, nous portons entièrement le coût du risque, et avons mis en place un scoring en temps réel du client, avec une approche incrémentale (permettant de donner leur chance aux consommateurs habituellement refusés par les scorings classiques), pour proposer la meilleure expérience de paiement possible.

Un mot sur votre positionnement ?

Notre business model repose sur une commission prise aux commerçants à la transaction : 3,8 % pour un paiement en 3 fois, et 4,2 % pour un paiement en 4 fois. Nous avons récemment ouvert un nouveau service, le Pay Later (paiement différé à J+15 ou J+30) et nous souhaitons désormais aller plus loin en proposant le paiement jusqu’à 12 fois. Nous n’avons pas vocation à faire concurrence à Cetelem sur son core business, ni à nous lancer sur du crédit non affecté ou revolving ! Le vrai sujet d’Alma c’est le commerce, et le vecteur que l’on utilise c’est le prêt affecté.

Y a-t-il un profil type du consommateur utilisant le paiement fractionné ?

Justement, non ! Au départ, nous aurions pu présupposer que le paiement fractionné était un outil pour les plus modestes, mais, force est de constater que les CSP+ l’utilisent tout autant. Le choix d’un paiement en plusieurs fois n’est pas lié aux niveaux de revenus. C’est une facilité pour tous, pas uniquement pour les plus fragiles. Il s’agit avant tout de saisir une opportunité d’achat à un moment donné, de s’autoriser une dépense sans avoir à craindre le découvert.

Quels sont les effets de la crise actuelle sur le paiement fractionné ?

Nous avons constaté une explosion des volumes de paiements fractionnés (x3) entre mars et mai, à laquelle, honnêtement, nous ne nous attendions pas. Avec deux vraies tendances observées durant le confinement : un report, sans surprise, du offline vers le online, mais aussi, un report des dépenses de loisir sur le shopping en ligne, avec un grand nombre « d’achats plaisir ». Les volumes enregistrés durant le second confinement seront moins importants. Mais novembre et décembre, avec le Black Friday et les fêtes de Noël, sont traditionnellement des mois forts pour le retail – usuellement une fois et demi un mois classique. Aussi, même si le retail n’est pas au beau fixe, la fin d’année ne devrait pas être catastrophique.
Mais attention, les effets du Covid ne se voient pas encore. La première échéance du PGE est pour le premier trimestre 2021. Les impacts sur les taux de défaut se verront à ce moment là, il nous faut du coup rester très vigilants dans les mois qui viennent.

Après, notre positionnement – un crédit affecté à un achat, plus petit et plus court qu’un crédit à la consommation classique – nous rend très résilients, et aptes à nous adapter plus vite. Ceci, couplé à des cohortes consommateurs très cohérentes, nous rend relativement confiants dans notre capacité d’anticipation, et d’adaptation au business pour l’avenir.

Quelles perspectives voyez-vous sur ce marché ? Y a-t-il selon vous un risque de saturation à plus ou moins long terme ?

Nous n’anticipons pas une saturation à court terme sur ce marché. Au contraire, le marché est très porteur, il y a une vraie accélération sur ces facilités de paiement, une vraie appétence des consommateurs. Prenons par exemple les Etats-Unis ou les pays anglo-saxons en général, où l’accès au crédit est largement facilité par les nombreuses cartes de crédit disponibles pour les consommateurs : partout, on y observe un très gros appétit pour le paiement fractionné. Et en France, la demande est également très forte, alors que l’accès au crédit y est beaucoup plus réglementé.

Il faut aussi préciser que nous couvrons les PME et le middle market (entreprises généralement jusqu’à 1 milliard d’euros de CA), et ce marché n’est clairement pas saturé. Si les grands du e-commerce sont équipés de facilités de paiement, il reste en effet un grand nombre de marchands à équiper : les moyens e-commerçants et le commerce physique.

Quels sont vos axes de développement ?

Les perspectives de développement d’Alma sont multiples, l’objectif étant de renforcer la qualité de l’expérience, côté client comme commerçant : intégration au sein du site du marchand, paiement différé, paiement en plusieurs fois BtoB… Historiquement, nous passons par le marchand, mais demain, sans que rien ne soit en cours sur ce sujet aujourd’hui, nous pourrions imaginer de nouvelles offres, dédiées aux consommateurs, qui viendraient récompenser les plus fidèles d’entre eux !

Pour en savoir plus : découvrez l’intégralité de notre Lettre IFS 53