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Interview : l’investissement dans les start-ups en période de crise Covid-19

Interview d'Isabelle Gallo, Associée, Breega Capital

Quelles ont été les premières mesures prises par les start-ups pour faire face à la crise ?

L’apparition de la crise Covid-19 a nécessité la mise en place rapide de mesures pour assurer la pérennité des start-ups. La dégradation des activités commerciales causée par la crise a entrainé une série d’économies budgétaires afin de préserver leur trésorerie : 83 % d’entre elles ont modifié leur plan d’embauches, 40 % ont mis en place un plan de recouvrement plus agressif, 38 % ont baissé leurs dépenses marketing et 22 % ont rompu l’ensemble de leurs contrats de freelances1 Cependant, la crise est également une opportunité de développement commercial. Les start-ups ont profité de cette période pour développer de nouveaux services et offrir des prestations, leur permettant d’étendre leur base clients et de préparer les opportunités commerciales de sortie de crise. La réactivité des start-ups dans l’établissement de mesures rapides et difficiles a été également favorisée par l’accompagnement de leurs investisseurs.

Et du côté des fonds ?

Durant la période de crise, les fonds d’investissement ont fait le lien entre les différents acteurs. D’une part, les VC ont accompagné les start-ups en portefeuille par la diffusion de best practices ou l’organisation de séances individuelles pour activer des leviers concrets. D’autre part, ils ont renforcé la communication avec leurs investisseurs pour les rassurer et les tenir informés de l’évolution quotidienne de la situation mais aussi pour les inviter à participer à l’effort collectif d’aide aux start-ups. Cette initiative s’est poursuivie au-delà du portefeuille, Breega a notamment été à l’origine de « VC Hours » afin de proposer des consultations gratuites et confidentielles aux entrepreneurs rencontrant des difficultés liées à la crise Covid-19. Leur importance au cours de la crise s’illustre non seulement par un accompagnement mais aussi par l’octroi de financements complémentaires (bridges) pour assurer la continuité opérationnelle et envisager plus sereinement les prochaines levées de fonds. Ainsi, les fonds d’investissement ont été un acteur capital auprès des start-ups au cours de la crise, ils ont assuré le rôle de médiateur, de mentor sur les sujets stratégiques mais aussi au cours des démarches administratives pour accéder aux aides de l’Etat.

L’état a-t-il également joué son rôle ?

La réactivité de l’Etat français au cours de cette crise a été saluée par les fonds d’investissement et les start-ups. En effet, le gouvernement français a, à travers la Banque Publique d’Investissement (BPI), accompagné les start-ups avec justesse et surtout une grande réactivité. Les mesures de chômage partiel, adoptées par 72 % des start-ups, ont permis de limiter les licenciements. De même, 79 % d’entre elles ont eu recours au décalage des paiements d’URSSAF, 75 % aux prêts garantis par l’Etat. Ces mesures massivement accordées aux start-ups ont préservé les trésoreries et les emplois et assuré la continuité opérationnelle.

Comment ce contexte si particulier a modifié votre manière d’investir ?

L’épisode Covid a confirmé le besoin de digitalisation des acteurs des services financiers et offre ainsi des perspectives de croissance pour les Fintechs. De ce fait, les fonds n’ont pas foncièrement modifié leurs thèses d’investissement, leurs volumes investis, ni leurs critères de sélection des start-ups. Ils ont cependant dû s’adapter à ce nouveau contexte, en préférant par exemple les obligations convertibles afin de reporter les débats sur la valorisation dans un contexte aussi incertain. La tendance est à la consolidation, avec de futures opportunités pour les VC de financer une croissance exogène de leurs startups en portefeuille.

Qu’est-ce que cette crise a déjà permis de révéler ?

La crise a vu émerger de nouvelles tendances à contre-courant des pratiques visibles aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Nous attendons des start-ups qu’elles témoignent de leur capacité à être rentables à court et moyen terme plutôt que de viser de l’hyper-croissance sans rentabilité.

La figure de l’entrepreneur a pris de l’importance et a agi comme un révélateur de la capacité des fondateurs à tirer leur épingle du jeu : comment ont-ils géré cette crise ? Quelles solutions innovantes et frugales ont-ils réussi à mettre en oeuvre ? Les réponses à ces questions auront un impact capital dans la prise de décision des VC et CVC lors des levées de fonds, lesquelles ont continué à un rythme moins soutenu durant la crise.

La crise a donc eu un impact contrasté sur les start-ups et les fonds d’investissement : certains secteurs ont été sinistrés quand d’autres ont connu un essor, les modalités d’investissement ont été adaptées, et les start-ups ont dû redoubler d’ingéniosité pour faire face à l’imprévu. Les start-ups poursuivent leurs efforts de prospection commerciale et se trouvent confrontées à un paradoxe : les acteurs traditionnels sont conscients de la pertinence de l’innovation et du digital pour répondre à leurs problématiques mais sont souvent réticents à recourir à des solutions Fintechs pour accélérer le processus (conviction d’avoir les compétences en interne, caractère disruptif des Fintechs trop important…).

Breega Capital est un fonds européen de venture capital destiné à financer les start-ups de l’économie numérique avec 250 M€ sous gestion, avec notamment un fonds dédié au financement des Fintech et Insurtech avec plus de 30 start-ups en portefeuille.
1. Source : Cambon Partners, étude réalisée durant le confinement.

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